En passant

La jeune fille et le vieux 🐷d’Alphonse Allais

Il y avait une fois une jeune fille d’une grande beauté amoureuse d’un cochon.
Éperdument !
Non pas un de ces petits cochons jolis, roses, espiègles, de ces petits cochons qui fournissent au commerce de si exquis jambonneaux. Non!
Mais un vieux cochon, dépenaillé, ayant perdu toutes ses soies, un cochon dont le charcutier le plus dévoyé de la contrée n’aurait pas donné un sou. Un sale cochon, quoi !
Et elle l’aimait… fallait voir !
Pour un empire, elle n’aurait pas voulu laisser aux servantes le soin de lui préparer sa nourriture.
Et c’était vraiment charmant de la voir, cette jeune fille d’une grande beauté, mélangeant les bonnes pelures de pommes de terre, le bon son,les bonnes épluchures, les bonnes croûtes de pain. Elle retroussait ses manches et de ses bras (qu’elle avait fort jolis), brassait le tout dans de la bonne eau de vaisselle.
Quand elle arrivait dans la cour avec son seau, le vieux cochon se levait sur son fumier et arrivait trottinant de ses vieilles pattes, et poussant des grognements de satisfaction, il plongeait sa tête dans sa pitance et s’en
fourrait jusque dans les oreilles.
Et la jeune fille d’une grande beauté se sentait pénétrée de bonheur à le voir si content. Et puis, quand il était bien repu, il s’en retournait sur son fumier, sans jeter à sa bienfaitrice le moindre regard de ses petits yeux miteux.
Sale cochon, va !

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En passant

Lester Bangs

Un ami m’a prêté un livre : Psychotic reactions & autres carburateurs flingués, fait de centaines d’articles de ce critique de rock américain (du magazine Rolling Stone), complètement timbré et marrant, : Lester Bangs (1948-1982), mort à 33 ans d’une overdose de sirop pour la toux, un pavé de 500 pages, récoltées par Greil Marcus son ami,  après sa disparition, un livre avec son auteur que j’aime bien, au fur et à mesure que je les découvre.

Rock ‘n’ roll is an attitude, it’s not a musical form of a strict sort. It’s a way of doing things, of approaching things. Writing can be rock ‘n’ roll, or a movie can be rock ‘n’ roll. It’s a way of living your life.“ 

Il aurait pu être un de mes copains rock’n’roll … et il aimait aussi Kerouac, Bukowski et les Clash !

et il a aussi joué et chanté !

En passant

The laughing heart , le coeur riant 💙Charles Bukowski

 Lu par Tom waits 


Ta vie c'est ta vie
Your life is your life.
Ne la laisse pas se faire matraquer par la froide soumission
Don't let it clubbed into dank submission.
Sois à l'affût.
Be on the watch.
Sois sur tes gardes.
There are ways out.
Il y a une lumière quelque part.
There is a light somewhere.
Peut-être qu'elle éclaire peu mais
It may not be much light but
elle bat l'obscurité.
it beats the darkness.
Sois sur tes gardes.
Be on the watch.
Les dieux t’offriront ta chance.
The gods will offer you chances.
Reconnais-la.
Know them.
Saisis la.
Take them
Tu ne peux pas battre la mort mais
You can’t beat death but
tu peux battre la mort dans la vie, parfois.
You can beat death in life, sometimes.
Et plus tu apprendras à le faire,
And the more often you learn to do it,
plus il y aura de lumière.
the more light there will be. 
Ta vie c’est ta vie.
Your life is your life.
Sache-le tant que tu l'as.
Know it while you have it.
Tu es merveilleux
You are marvelous
Les dieux attendent de se délecter en toi
Gods wait to delight in you
En passant

Qu’arriverait-il ?

Mario Benedetti ( était  un écrivain Uruguayen que j’ai découvert aujourd’hui avec ce texte qui concorde avec mon état d’esprit,  mon questionnement sur ce monde qui s’écroule pas doucement et surement! 

Qu’arriverait-il si nous nous réveillons un jour en réalisant que nous sommes la majorité ?
Qu’arriverait-il si tout à coup une injustice, une seule, est rejetée par tous, tous autant que nous sommes, pas quelques-uns, ni certains, mais tous ?
Qu’arriverait-il si au lieu de rester divisés nous nous multiplions, nous nous additionnons, affaiblissant l’ennemi qui veut arrêter notre marche en avant ?

Qu’arriverait-il si nous nous organisons et si nous affrontons nos oppresseurs sans armes, silencieux, nombreux, avec nos millions de regards, sans vivats, sans applaudissements, sans sourires, sans tapes sur l’épaule, sans hymnes partisans, sans cantiques ?

Qu’arriverait-il si je le fais pour toi, qui es si loin,
et toi pour moi, qui suis si loin,
et nous deux pour les autres, qui sont très loin,
et les autres pour nous, qui sommes si loin ?

Qu’arriverait-il si les cris d’un continent deviennent les cris de tous les continents ?
Qu’arriverait-il si nous nous prenons en main au lieu de nous lamenter ?
Qu’arriverait-il si nous brisons les frontières et que nous avançons et avançons, et avançons, et avançons encore ?

Qu’arriverait-il si nous brûlons tous les drapeaux pour n’en garder qu’un seul, le nôtre, celui de tous, ou mieux, parce que nous n’en avons nul besoin, aucun drapeau ?
Qu’arriverait-il si nous cessons brusquement d’être des patriotes pour devenir des humains ?

Je ne sais pas. Je me le demande.
Qu’arriverait-il ?

En passant

Cauchemar en rouge  » Fredric Brown »

extrait de son recueil de nouvelles  » Fantômes et Farfafouilles » (1961) et Bonne soirée sans cauchemars 😉

Il s’éveilla sans savoir ce qui l’avait éveillé quand une deuxième secousse, venant une minute après la première, vint secouer légèrement son lit et faire tintinnabuler divers petits objets sur la commode. Il resta allongé, attendant une troisième secousse qui ne vint pas.
Il n’en comprit pas moins qu’il était désormais bien éveillé et qu’il lui serait sans doute impossible de se rendormir. Il regarda le cadran lumineux de sa montre-bracelet et constata qu’il était tout juste trois heures, le plein milieu de la nuit. Il sortit du lit et s’approcha, en pyjama, de la fenêtre. La fenêtre était ouverte et laissait entrer une brise fraîche; les petites lumières scintillaient dans le ciel noir et il entendait tous les bruits de la nuit. Quelque part, des cloches. Pourquoi faire sonner des cloches à une heure pareille? Les légères secousses de chez lui avaient-elles correspondu à des tremblements de terre préjudiciables ailleurs, dans le voisinage? Ou un vrai tremblement de terre était-il imminent et les cloches constituaient-elles un avertissement appelant les habitants à quitter leurs maisons et à sortir en plein air pour survivre?

Et soudain, mû non par la peur mais par un étrange besoin qu’il n’avait absolument pas envie d’analyser, il éprouva le besoin d’être là dehors et non ici dedans. Il fallait qu’il court, il le fallait.

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En passant

Verlaine et Rimbaud : Amour ⛔

 

Dans ce café

Dans ce café bondé d’imbéciles, nous deux
Seuls nous représentions le soi-disant hideux
Vice d’être « pour homme » et sans qu’ils s’en doutassent
Nous encagnions ces cons avec leur air bonasse,
Leurs normales amours et leur morale en toc,
Cependant que, branlés et de taille et d’estoc
A tire-larigot, à gogo, par principes
Toutefois, voilés par les flocons de nos pipes,

(Comme autrefois Héro copulait avec Zeus),
Nos vits tels que des nez joyeux et Karrogheus
Qu’eussent mouchés nos mains d’un geste délectable,
Éternuaient des jets de foutre sous la table.

 Paul Verlaine 1891.
En passant

la Peste écarlate de Jack London 📖 en entier

Pour qui a envie de lire ce très court roman d’anticipation de 1912 qui se déroule en 2073, dans lequel un vieux monsieur raconte une pandémie et son après à ses petits enfants …

https://fr.wikisource.org/wiki/La_Peste_%C3%A9carlate,_trad._Postif_et_Gruyer,_1924/Texte_entier

un petit extrait :  Vous êtes des sauvages, de vrais sauvages. La mode vient déjà de porter des parures de dents humaines. La prochaine génération se percera le nez et les oreilles, et se parera d’os d’animaux et de coquillages. La race humaine est condamnée à s’enfoncer de plus en plus dans la nuit primitive, avant de reprendre un jour sa réascension sanglante vers la civilisation. Le sol, aujourd’hui, est trop vaste pour les quelques hommes qui y survivent. Mais ces hommes croîtront et multiplieront et, dans quelques générations, ils trouveront la terre trop étroite et commenceront à s’entretuer. Cela, c’est fatal. Alors ils porteront à la taille les scalps de leurs ennemis, comme toi, Edwin, qui es le plus gentil de mes petits-enfants, tu commences déjà à porter sur l’oreille cette horrible queue de cochon.

Crois-moi, mon petit, jette-la, jette-la au loin !

En passant

Tristan Corbière « poète maudit »

Édouard-Joachim Corbière (1845-1875) surnommé ironiquement par lui même Tristan Corbière (triste en corps bière) est né et décédé à Morlaix ( Finistère). Auteur d’un recueil poétique, très original et provocateur, Les Amours jaunes, et de quelques proses, il mena une vie marginale. Atteint d’une maladie osseuse qui le tuera, malheureux d’un unique amour non partagé, il était autant passionné par la mer que son père, romancier maritime à succès, Édouard Corbière.

La publication en 1873 de ses poèmes passe inaperçue mais Verlaine le révélera au public en 1884 dans ses Poètes maudits.

 

 l’intégralité de ses Amours ( clique ) jaunes !

et l’un d’eux

BONNE FORTUNE et FORTUNE

Odor della feminita.

Moi, je fais mon trottoir, quand la nature est belle,
Pour la passante qui, d’un petit air vainqueur,
Voudra bien crocheter, du bout de son ombrelle,
Un clin de ma prunelle ou la peau de mon cœur…

Et je me crois content — pas trop ! — mais il faut vivre :
Pour promener un peu sa faim, le gueux s’enivre…

Un beau jour — quel métier ! — je faisais, comme ça,
Ma croisière. — Métier !… — Enfin, Elle passa
— Elle qui ? — La Passante ! Elle, avec son ombrelle !
Vrai valet de bourreau, je la frôlai… — mais Elle

Me regarda tout bas, souriant en dessous,
Et… me tendit sa main, et…
m’a donné deux sous.

(Rue des Martyrs.)