En passant

Charles Bukowski « Blue Bird »

Charles Bukowski (1920-1994) Last Night of the Earth Poems(1992)

(Je n’ai pas trouvé ce poème lu par lui même sans musique🤨 )

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Il y a dans mon cœur un oiseau bleu qui veut sortir mais je suis trop coriace pour lui, je lui dis, reste là, je ne veux pas qu’on te voie.

Il y a dans mon cœur un oiseau bleu qui veut sortir mais je verse du whisky dessus et inhale une bouffée de cigarette et les tapins et les barmen et les employés d’épicerie ne savent pas qu’il est là.

Il y a dans mon cœur un oiseau bleu qui veut sortir mais je suis trop coriace pour lui, je lui dis, tiens-toi tranquille, tu veux me fourrer dans le pétrin ?
Tu veux foutre en l’air mon boulot ?
Tu veux faire chuter les ventes de mes livres en Europe ?

Il y a dans mon cœur un oiseau bleu qui veut sortir mais je suis trop malin, je ne le laisse sortir que de temps en temps la nuit quand tout le monde dort.
Je lui dis, je sais que tu es là, alors ne sois pas triste.

Puis je le remets, mais il chante un peu là-dedans, je ne le laisse pas tout à fait mourir.
Et on dort ensemble comme ça liés par notre pacte secret et c’est assez beau pour faire pleurer un homme, mais je ne pleure pas, et vous ?

En passant

Lui, au moins il était sincère mais aussi rigolo…pas comme certains ostrogoths 🤨

« J’appelle les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques à voter pour moi, à s’inscrire dans leurs mairies et à colporter la nouvelle.
Tous ensemble pour leur foutre au cul avec Coluche.
Le seul candidat qui n’a aucune raison de vous mentir ! 

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Candidature_de_Coluche_lors_de_l%27%C3%A9lection_pr%C3%A9sidentielle_fran%C3%A7aise_de_1981

En passant

Blood

du recueil Lune de miel en enfer ( 1954) de Frédric Brown

Dans leur machine à voyager à travers le temps, Vron et Dreena, les deux derniers survivants de la race de vampires, fuyaient vers le futur pour échapper à l’anéantissement. Ils se tenaient les mains pour se réconforter mutuellement. Ils avaient peur et ils avaient faim.
Au XXIIème siècle, l’humanité avait découvert que la légende des vampires vivant secrètement parmi les humains n’était pas le moins du monde une légende, mais la réalité. Il s’en était suivi une extermination en masse qui avait épargné ce couple. Tous deux travaillaient à inventer une machine à voyager dans le temps, et ils l’avaient terminée juste assez tôt pour pouvoir s’échapper. S’échapper en direction du futur, assez loin pour que le mot même de vampire fût oublié, pour pouvoir vivre de nouveau insoupçonnés.
J’ai faim, Vron. Comme j’ai faim !
Moi aussi, Dreena, mon amour. Bientôt nous nous arrêterons.

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En passant

Les Chats de Jacques Sternberg

Petite nouvelle tirée de ses « 188 contes à régler »

On s’était si souvent demandé, et depuis longtemps, à quoi les chats pouvaient bien penser.

Chats Rigolos Mis Illustration De Dessin Animé | Vecteur Premium

Tapis au plus profond de leur solitude, enroulés autour de leur chaleur, comme rejetés dans une autre dimension » distants, méprisants » ils avaient l’air de penser, certes.

Mais à quoi ?

Les hommes ne l’apprirent qu’assez tard. Au XXIe siècle seulement. Au début de ce siècle, en effet, on constata avec quelque étonnement que plus aucun chat ne miaulait. Les chats s’étaient tus. On n’en fit pas un drame. En fin de compte, les chats n’avaient jamais été tellement bavards : sans doute ne trouvaient-ils vraiment plus rien à dire à présent.

Puis, plus tard, on releva un autre fait. Plus singulier celui-là, beaucoup plus singulier, les chats ne mouraient plus. Quelques-uns mouraient évidemment par accident, écrasés par un véhicule, le plus souvent; ou emportés en bas âge par quelque maladie purement pernicieuse. Mais les autres évitaient la mort, lui échappaient, comme si cette fatale échéance n’avait plus existé pour eux.

Cette énigme, personne ne la perça jamais. Lire la suite

En passant

La jeune fille et le vieux 🐷d’Alphonse Allais

Il y avait une fois une jeune fille d’une grande beauté amoureuse d’un cochon.
Éperdument !
Non pas un de ces petits cochons jolis, roses, espiègles, de ces petits cochons qui fournissent au commerce de si exquis jambonneaux. Non!
Mais un vieux cochon, dépenaillé, ayant perdu toutes ses soies, un cochon dont le charcutier le plus dévoyé de la contrée n’aurait pas donné un sou. Un sale cochon, quoi !
Et elle l’aimait… fallait voir !
Pour un empire, elle n’aurait pas voulu laisser aux servantes le soin de lui préparer sa nourriture.
Et c’était vraiment charmant de la voir, cette jeune fille d’une grande beauté, mélangeant les bonnes pelures de pommes de terre, le bon son,les bonnes épluchures, les bonnes croûtes de pain. Elle retroussait ses manches et de ses bras (qu’elle avait fort jolis), brassait le tout dans de la bonne eau de vaisselle.
Quand elle arrivait dans la cour avec son seau, le vieux cochon se levait sur son fumier et arrivait trottinant de ses vieilles pattes, et poussant des grognements de satisfaction, il plongeait sa tête dans sa pitance et s’en
fourrait jusque dans les oreilles.
Et la jeune fille d’une grande beauté se sentait pénétrée de bonheur à le voir si content. Et puis, quand il était bien repu, il s’en retournait sur son fumier, sans jeter à sa bienfaitrice le moindre regard de ses petits yeux miteux.
Sale cochon, va !

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En passant

Lester Bangs

Un ami m’a prêté un livre : Psychotic reactions & autres carburateurs flingués, fait de centaines d’articles de ce critique de rock américain (du magazine Rolling Stone), complètement timbré et marrant, : Lester Bangs (1948-1982), mort à 33 ans d’une overdose de sirop pour la toux, un pavé de 500 pages, récoltées par Greil Marcus son ami,  après sa disparition, un livre avec son auteur que j’aime bien, au fur et à mesure que je les découvre.

Rock ‘n’ roll is an attitude, it’s not a musical form of a strict sort. It’s a way of doing things, of approaching things. Writing can be rock ‘n’ roll, or a movie can be rock ‘n’ roll. It’s a way of living your life.“ 

Il aurait pu être un de mes copains rock’n’roll … et il aimait aussi Kerouac, Bukowski et les Clash !

et il a aussi joué et chanté !

En passant

Qu’arriverait-il ?

Mario Benedetti ( était  un écrivain Uruguayen que j’ai découvert aujourd’hui avec ce texte qui concorde avec mon état d’esprit,  mon questionnement sur ce monde qui s’écroule pas doucement et surement! 

Qu’arriverait-il si nous nous réveillons un jour en réalisant que nous sommes la majorité ?
Qu’arriverait-il si tout à coup une injustice, une seule, est rejetée par tous, tous autant que nous sommes, pas quelques-uns, ni certains, mais tous ?
Qu’arriverait-il si au lieu de rester divisés nous nous multiplions, nous nous additionnons, affaiblissant l’ennemi qui veut arrêter notre marche en avant ?

Qu’arriverait-il si nous nous organisons et si nous affrontons nos oppresseurs sans armes, silencieux, nombreux, avec nos millions de regards, sans vivats, sans applaudissements, sans sourires, sans tapes sur l’épaule, sans hymnes partisans, sans cantiques ?

Qu’arriverait-il si je le fais pour toi, qui es si loin,
et toi pour moi, qui suis si loin,
et nous deux pour les autres, qui sont très loin,
et les autres pour nous, qui sommes si loin ?

Qu’arriverait-il si les cris d’un continent deviennent les cris de tous les continents ?
Qu’arriverait-il si nous nous prenons en main au lieu de nous lamenter ?
Qu’arriverait-il si nous brisons les frontières et que nous avançons et avançons, et avançons, et avançons encore ?

Qu’arriverait-il si nous brûlons tous les drapeaux pour n’en garder qu’un seul, le nôtre, celui de tous, ou mieux, parce que nous n’en avons nul besoin, aucun drapeau ?
Qu’arriverait-il si nous cessons brusquement d’être des patriotes pour devenir des humains ?

Je ne sais pas. Je me le demande.
Qu’arriverait-il ?

En passant

Cauchemar en rouge  » Fredric Brown »

extrait de son recueil de nouvelles  » Fantômes et Farfafouilles » (1961) et Bonne soirée sans cauchemars 😉

Il s’éveilla sans savoir ce qui l’avait éveillé quand une deuxième secousse, venant une minute après la première, vint secouer légèrement son lit et faire tintinnabuler divers petits objets sur la commode. Il resta allongé, attendant une troisième secousse qui ne vint pas.
Il n’en comprit pas moins qu’il était désormais bien éveillé et qu’il lui serait sans doute impossible de se rendormir. Il regarda le cadran lumineux de sa montre-bracelet et constata qu’il était tout juste trois heures, le plein milieu de la nuit. Il sortit du lit et s’approcha, en pyjama, de la fenêtre. La fenêtre était ouverte et laissait entrer une brise fraîche; les petites lumières scintillaient dans le ciel noir et il entendait tous les bruits de la nuit. Quelque part, des cloches. Pourquoi faire sonner des cloches à une heure pareille? Les légères secousses de chez lui avaient-elles correspondu à des tremblements de terre préjudiciables ailleurs, dans le voisinage? Ou un vrai tremblement de terre était-il imminent et les cloches constituaient-elles un avertissement appelant les habitants à quitter leurs maisons et à sortir en plein air pour survivre?

Et soudain, mû non par la peur mais par un étrange besoin qu’il n’avait absolument pas envie d’analyser, il éprouva le besoin d’être là dehors et non ici dedans. Il fallait qu’il court, il le fallait.

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En passant

Verlaine et Rimbaud : Amour ⛔

 

Dans ce café

Dans ce café bondé d’imbéciles, nous deux
Seuls nous représentions le soi-disant hideux
Vice d’être « pour homme » et sans qu’ils s’en doutassent
Nous encagnions ces cons avec leur air bonasse,
Leurs normales amours et leur morale en toc,
Cependant que, branlés et de taille et d’estoc
A tire-larigot, à gogo, par principes
Toutefois, voilés par les flocons de nos pipes,

(Comme autrefois Héro copulait avec Zeus),
Nos vits tels que des nez joyeux et Karrogheus
Qu’eussent mouchés nos mains d’un geste délectable,
Éternuaient des jets de foutre sous la table.

 Paul Verlaine 1891.