Fées d’hiver ⭐⭐⭐

Tiago Hoisel

On a retrouvé dans le grandiose livre de l’épopée de l’univers ce fait divers raconté par Loen, qu’il a écrit avoir vécu enfant.

Une nuit d’hiver printanier, des milliards d’étoiles ont lancé dans le ciel de scintillants appels à tous les enfants du monde. Hypnotisé, j’ai  suivi en toute confiance ma bonne étoile, et elle m’a emporté loin, loin, immensément loin, dans l’infini spatial, moi, mais aussi d’autres milliards d’enfants croisés tout au long de cet inoubliable voyage.

Suivis à la loupe par nos extraordinaires étoiles pétillantes de tendresse, nous avons été sauvés in extremis d’une fin imminente, ai je appris beaucoup plus tard … car notre planète terre commençait à pourrir comme une orange trop pressée sous un soleil devenu beaucoup trop ardent.

Et nous, les rejetons d’une humanité en péril de mort, protégés par des anges, avons navigué dans l’univers jusqu’à trouver de nouvelles planètes vierges et hospitalières baptisées « Stelle d’amore »

Fellinien 😺

C‘est une étrange journée, je ne suis plus celui que j’étais.
Tout sonne faux ici, cette ville avec ses tours vertigineuses, sa saleté, sa cacophonie, ses puanteurs me donne un haut le cœur…les passants me dévisagent du coin de l’œil.
J’essaye de m’isoler dans un bar, mais pas moyen d’avoir la paix ni d’être serein.
Des curieux me reluquent comme un animal de foire. Je souffle, je crache, je me hérisse.
Une furieux désir d’aller me rouler dans l’herbe m’envahit.
Mes vêtements m’encombrent. Ah! que j’aimerais les enlever, courir, libre comme un chat sauvage, et pourquoi pas ?
Eux ne se posent pas de questions, vivent au jour le jour, au petit bonheur la chance…
Mais ! mon reflet dans une vitrine est un minou …c’est fantastique !
mon souhait s’est réalisé …
Miaou!  Miaou!  je file au vert et au chaud …
j’y serai au poil 😸
J’y rencontrerai enfin ma Duchesse, je lui ronronnerai des mots doux, des mots chaleureux ❣❣❣

Elle a un si tendre vice

Elle me plait comme jamais ne m’a plu aucune autre. Féminine du bout de ses mignons pieds à celui de son joli nez retroussé,  tout en elle me charme. Sa voix, son rire, son esprit me ravissent, les délices de son corps me comblent.

Une chose pourtant me tracasse : son obstination à vivre dans l’obscurité d’une caverne dépourvue de miroirs où volent des chauves souris. Inquiet quant à sa nature,  je sors de ma poche un crucifix, ce qui l’agace à un point tel qu’elle enrage, bave, crache des injures pires que celles d’un charretier ivre mort embourbé jusqu’au cou! 

 Je n’ai pas le temps de prendre mes jambes à mon cou, ses dents y font deux trous. Elle y colle sa bouche, aspire goutte à goutte mon sang,  puis en remplit une coupe qu’elle sirote en trinquant à notre amour. Sa langue cicatrise ma plaie. Un pur bonheur que sa succion . Extasié,  je ne me lasserai jamais de son doux sévice …

mes chères poupées de chair

Salut mes petits, alors on s’amuse bien chez moi, hein ! Nourris, logés, blanchis, vous menez une vie de château. Je subviens à tous vos besoins. Quant à moi, entouré de mes petits chéris, je suis plus heureux qu’un roi.

Je suis plus fort que Dieu !!! que dis je ? je suis Dieu !

On dit que j’ai la folie des grandeurs, mais j’ai gagné mon pari, rétrécir des humains : Un petit tour dans mon spécial sèche linge et le tour est joué !  Ah ! ah ! ah !  ils vont enfin comprendre mon génie ces minus qui rient de moi, et bien rira bien qui rira le dernier ! parce que vous allez procréer, oh que oui ! vous aussi ferez des tout petits bouts, mes petits chéris .

Vous serez les géniteurs d’une nouvelle espèce , celle des Riquiquis , murmure t-il encore … ne voulant pas effrayer de sa voix gargantuesque ses poupées chéries …

à des lieues au dessus de tout 🎈

Gonflée à bloc en cette soirée d’août, étincelante de mille lumières célestes, par un fulgurant optimisme soufflé par une tempête épicurienne, une ribambelle déprimée d’ombres de la nuit lève l’ancre de son cimetière enraciné depuis une trop longue éternité sur une terre, de mortelle rengaine, pour larguer les amarres vers une musique spatiale qui rassérène leurs esprits, désormais soudés à vie !

🎈🎈🎈

Quand les ans choiront l’homme sera en boîte

Un énorme iceberg de plusieurs kilomètres de long dériva de longues années avec à son bord pour seul passager un hurluberlu qui, l’ayant vu passer par une nuit désespérée devant son nez gelé, l’avait, pour tenter de changer de vie, chevauché …

Découvert par une filière de requins l’hurluberlu fut cloné, ses millions de rejetons lilliputiens mis en boite avec des millions de bandes d’anchois aux yeux ronds, abasourdis par ces nouveaux compagnons de misère aux regards aussi écarquillés que les leurs…

soleil et lune au dodo

Je t’attends ! je t’attends tout le temps, mais tu n’as plus le temps de partager tes nuits avec moi, tu changes tout le temps toi, et ce soir tu es toute belle, et tout le monde va t’aimer, faire des vœux et danser avec toi …

ne m’oublie ma blonde, moi qui t’aime depuis l’éternité des cieux ❣❣❣ et Viens dormir dans mes bras

En passant

Pétales de Pivoine « Apollinaire »

Trois pétales de pivoine
Rouges comme une pivoine
Et ces pétales me font rêver

Ces pétales ce sont
Trois belles petites dames
À peau soyeuse et qui rougissent
De honte
D’être avec des petits soldats

Elles se promènent dans les bois
Et causent avec les sansonnets
Qui leur font cent sonnets

Elles montent en aéroplane
Sur de belles libellules électriques
Dont les élytres chatoient au soleil

Et les libellules qui sont
De petites diablesses
Font l’amour avec les pivoines
C’est un joli amour contre nature
Entre demoiselles et dames

Trois pétales dans la lettre
Trois pétales de pivoine.

Quand je fais pour toi mes poèmes quotidiens et variés
Lou je sais bien pourquoi je suis ici
À regarder fleurir l’obus à regarder venir la torpille aérienne
À écouter gauler les noix des véhémentes mitrailleuses

Je chante ici pour que tu chantes, pour que tu danses
Pour que tu joues avec l’amour
Pour que tes mains fleurissent comme des roses
Et tes jambes comme des lys
Pour que ton sommeil soit doux

Aujourd’hui Lou je ne t’offre en bouquet poétique
Que les tristes fleurs d’acier
Que l’on désigne par leur mesure en millimètres
(Où le système métrique va-t-il se nicher)
On l’applique à la mort qui elle ne danse plus
Mais survit attentive au fond des hypogées

Mais trois pétales de pivoine
Sont venus comme de belles dames
En robe de satin grenat
Marquise
Quelle robe exquise
Comtesse
Les belles f…es
Baronne
Écoutez la Mort qui ronronne
Trois pétales de pivoine
Me sont venus de Paris

Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou (1915)

masqués à vie …

Il le portait depuis sa naissance, lui, mais également toute sa génération, depuis la pandémie qui avait sévi plusieurs dizaines d’années auparavant. Il était une seconde peau qu’aucun ne s’avisait d’enlever, hormis pour dormir, s’alimenter, se laver, car la peur était ancrée dans l’inconscient collectif.

Les teints étaient incolores, l’odorat très diminué, mais le sens de la vue était devenu prodigieux. Personne n’avait plus aucun besoin de lumière pour se diriger dans l’obscurité …

et bientôt une nouvelle génération, celle de petits d’hommes masqués naturellement à la naissance, apparut…

En passant

le crapaud et la rose

Un conte (pour adultes) de Vsevolod Garchine (1855–1888)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vsevolod_Garchine

IL y avait une fois une rose et un crapaud.

Le rosier sur lequel la rose venait de s’ouvrir avait poussé dans un jardinet qui s’étendait en demi-cercle devant une maison de campagne. Ce jardin était abandonné ; les mauvaises herbes avaient envahi les antiques plates-bandes et les sentiers que personne n’entretenait plus. La grille en bois, faite de barreaux taillés en fer de lance, avait été jadis peinte en vert, mais là aussi le temps avait fait son œuvre : la couleur avait passé, les gamins du village avaient arraché les lances pour jouer aux soldats, et les paysans avaient fait le reste, enlevant les derniers barreaux pour se défendre contre le vieux chien Barbosse, qui était méchant.

Mais cette décadence ne nuisait pas au jardinet : les montants de la grille étaient enveloppés de houblons qui retombaient en masses vert pâle, étoilées çà et là de fleurs lilas ; des liserons, aux grandes fleurs blanches, s’y épanouissaient, et les chardons prospéraient si bien dans le terreau du parterre, qu’ils en prenaient presque des proportions d’arbustes ; les plantes de bonhomme poussaient, plus raides et plus droites, leurs tiges fleuries ; les orties avaient envahi tout un coin du jardin ; sans doute elles piquaient encore, mais de loin elles faisaient un beau fond de verdure sombre aux couleurs pâles et délicates d’une rose épanouie.

C’était par une radieuse matinée de mai qu’elle avait entrouvert son calice ; la rosée y avait laissé quelques larmes transparentes : la rose semblait pleurer. Autour d’elle tout était si clair, si doux, si lumineux en ce jour de printemps que, lorsqu’elle aperçut pour la première fois le ciel bleu, et qu’elle sentit la brise, et que les rayons éblouissants du soleil traversèrent ses fins pétales d’une lumière ambrée, la rose eût pleuré si elle l’avait pu, non de chagrin, mais du bonheur de vivre. Elle ne pouvait parler, mais elle répandait autour d’elle un suave parfum : ce parfum, c’étaient ses paroles, ses larmes et sa prière.

La suite ici 

Le Crapaud et la rose

 

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