Le miroir déformant

Nous sommes entrés dans le salon, ma femme et moi. Il y régnait une odeur de mousse et d’humidité. Dès que nous avons éclairé les murs qui n’avaient pas vu de lumière depuis un siècle, mille souris et rats se sauvèrent de tous les côtés. La porte refermée, un souffle de vent agita les papiers entassés dans les coins. L’éclairage nous permit de discerner des caractères anciens et des dessins du Moyen Age. Les portraits de mes ancêtres tapissaient les murs verdis par le temps. Ils me regardaient d’un air sévère comme pour dire : tu mérites une correction, petit!

Nos pas résonnaient dans la maison. Le même écho qui répondait jadis à mes aïeux renvoyait le bruit de ma toux. Le vent gémissait et hurlait. Un sanglot sortait de la cheminée, un désespoir. De grosses gouttes de pluie frappaient les vitres opaques, éveillant la tristesse.

Ô ancêtres ! dis-je avec un soupir. Si j’étais écrivain, j’écrirais un long roman en regardant vos  portraits. Chacun de vous a été jeune, tous ces vieillards ont vécu leur roman d’amour…Regarde ma bisaïeule. Cette femme  laide et disgracieuse a son histoire. Vois-tu ce miroir accroché dans le coin ? demandai je à mon épouse lui montrant un grand miroir encadré de bronze noirci, près du portrait. Il a des propriétés magiques : il a causé la perte de mon arrière-grand-mère. Elle l’avait payé très cher et ne s’en séparait jamais. Elle s’y regardait nuit et jour, sans arrêt, même pendant les repas, et l’emportait au lit. En mourant elle avait demandé qu’on le mette dans son cercueil. Si sa prière n’a pas été exaucée, c’est que trop grand, il n’entrait pas dans la bière.
C’était une coquette, répondit elle. Lire la suite

Araignée du midi, quel appétit 😋

J’ai vu le jour dans un laboratoire Marseillais. On m’y soignait aux bonnes grosses sardines, mais à la longue ça a été lassant. Alors, à l’aube j’ai profité d’un instant d’inattention de mes geôliers pour prendre mes pattes à mon cou. J’ai filé en ville et j’y ai semé la terreur (les gens ignorent que je suis pescarienne), mais heureusement, ma bonne étoile m’a guidée chez ce couple. J’espère que leur frigo est rempli de poissons , et du frais .

« Chériiii, on a une araignée au plafond » Bonjour, calme et sang froid ! je suis pacifiste mais faut pas me contrarier sinon je prends la mouche et je fais plus dans la dentelle. Alors ne me donnez pas du fil à retordre.

Allez plutôt me préparer une bouillabaisse, ou un aïoli, ou un carpaccio de thon, ou des crevettes, ou des moules marinières…( tout sauf des sardines). J’ai une faim d’ogresse.

Vous verrez, nous tisserons ensemble de solides liens ❣❣❣

Un bison futé

Au nom de la belle Déesse Hel , foutez nous la paix êtres maléfiques. Laissez nous vivre tranquilles dans nos paisibles et dernières demeures. Qu’avons nous fait pour mériter vos infamies ? Occupez vous de votre enfer sur terre, qui va de mal en pis, plutôt que de venir nous harceler dans nos lits, bande de mal aimés jaloux!

Et, prenez garde, car la nuit du 31 octobre nous pourrions devenir plus méchants que vous, mauvaises graines, faire des chatouillements pas gentils, gentils sur vos plantes de pieds, des chatouillis dans vos oreilles pires que ceux d’un Hellfest, faire un sort à vos têtes de citrouilles 😏

Alors circulez …

L’orgue de Barbarie « Prévert »

Moi je joue du piano disait l’un
Moi je joue du violon disait l’autre
Moi de la harpe, moi du banjo
Moi du violoncelle
Moi du biniou...Moi de la flûte
et Moi de la crécelle.
Et les uns les autres parlaient parlaient
parlaient de ce qu’ils jouaient.
On n’entendait pas la musique
tout le monde parlait parlait parlait
personne ne jouait

Mais dans un coin un homme se taisait:
« Et de quel instrument jouez-vous monsieur
qui vous taisez et qui ne dites rien? »
lui demandèrent les musiciens.

« Moi je joue de l’orgue de Barbarie
et je joue du couteau aussi »
dit l’homme qui jusqu’ici n’avait absolument rien dit
et puis il s’avança le couteau à la main
et il tua tous les musiciens
et il joua de l’orgue de Barbarie
et sa musique était si vraie, si vivante et si jolie
que la petite fille du maître de la maison
sortit de dessous le piano
où elle était couchée endormie par ennui
et elle dit:

« Moi je jouais au cerceau
à la balle au chasseur
je jouais à la marelle
je jouais avec un seau
je jouais avec une pelle
je jouais au papa et à la maman
je jouais à chat perché
je jouais avec mes poupées
je jouais avec une ombrelle
je jouais avec mon petit frère
avec ma petite sœur
je jouais au gendarme et au voleur
mais c’est fini fini fini
je veux jouer à l’assassin
je veux jouer de l’orgue de Barbarie. »

Et l’homme prit la petite fille par la main
et ils s’en allèrent dans les villes
dans les maisons dans les jardins
et puis ils tuèrent le plus de monde possible
après quoi ils se marièrent
et ils eurent beaucoup d’enfants.
Mais
l’aîné apprit le piano
le second le violon
le troisième la harpe
le quatrième la crécelle
le cinquième le violoncelle
et puis ils se mirent à parler parler
parler parler parler
on n’entendit plus la musique
et tout fut à recommencer

1, 2, 3, 4, 5 … je décolle

Il brillait dans une flaque boueuse et noire de pluie, me regardant d’un air saisissant; Saisi, je l’y ai ramassé, et quand j’ai regardé dans ma main il s’y était incrusté. Un bien être fulgurant, que dis je l’extase, m’a envahi.

Depuis, quand la mélancolie me gagne, quand le désespoir m’agrippe, j’ouvre ma paume, je contemple le joyau; et il m’emporte vers des étoiles resplendissantes. Le temps infiniment court, de compter jusqu’à cinq, je retrouve paix et joie intérieure. J’ai de plus en plus de mal à garder la main fermée, obnubilé par mon désir de plus en plus pressant de contempler l’œil magique, pour nager, la tête, dans les merveilleuses étoiles ⭐🌟🌟…

Je la perds d’ailleurs un peu plus chaque jour, je le sens, mais pour rien au monde je ne retournerai m’enterrer dans le vieux monde si terne, de durs cinglés malheureux… plutôt rester un doux cinglé joyeux ! 

les Perchés

Ils avaient survécu aux grands bouleversements qui secouèrent leur planète en se perchant sur ce qu’il en resta, un presque rien, mais y restèrent perchés le temps que leurs esprits se remettent en place dans leurs cerveaux ébranlés de mutants d’une ère nouvelle.

Quelques dizaines d’années de béatitude suffirent pour qu’ils s’adaptent à ce nouveau monde si paisible, d’où ceux qui marchaient debout, dormaient allongés, et pensaient sinon trop mais très mal, avaient disparu, s’envolant pour aller détruire ailleurs.

Le silence était doré, majestueux, ponctué seulement de  bruits naturels. Tout était clair, net, lumineux  harmonieux, sans ambiguïté, dans leur univers idyllique délivré de perversités. Ils étaient d’ailleurs tous devenus végétariens.

Jusqu’au jour où un appareil volant se posa. D’un commun accord, tacitement conclu dans leur inconscient collectif, ils le détruisirent,  ainsi que quelques autres qui osèrent à nouveau tenter ce sale coup !

Perchés ils étaient et perchés ils entendaient rester … non mais !!!

Vidéo

💖 un amour astronomique 🚀

When I saw you, you looked so surprised
And the oceans flowed through your blue-grey eyes
And I stood and gazed
Through hot summer days
So tell me how do you feel?
Well I dream of you the whole night through
And I don’t even shut my eyes
‘Cos what I see, it’s pure heaven to me
So tell me are you for real?
We could make love and live as one
And burn our fingers on the sun
But I have seen what love denies
I’ve drunk the teardrops from her eyes
We could make love and live as one
And burn our fingers on the sun
We could make love and live as one
And burn our fingers on the sun
So tell me how does it feel?
So tell me how does it feel?
So tell… 

Pauvre petit garçon de Dino Buzzati

Comme d’habitude, Mme Klara emmena son petit garçon, cinq ans, au jardin public, au bord du fleuve. Il était environ trois heures. La saison n’était ni belle ni mauvaise, le soleil jouait à cache-cache et le vent soufflait de temps à autre, porté par le fleuve.
On ne pouvait pas dire non plus de cet entant qu’il était beau, au contraire, il était plutôt pitoyable même, maigrichon, souffreteux, blafard, presque vert, au point que ses camarades de jeu, pour se moquer de lui, l’appelaient Laitue.

Mais d’habitude les enfants au teint pâle ont en compensation d’immenses yeux noirs qui illuminent leur visage exsangue et lui donnent une expression pathétique. Ce n’était pas le cas de Dolfi ; il avait de petits yeux insignifiants qui vous regardaient sans aucune personnalité .

Ce jour-là, le bambin surnommé Laitue avait un fusil tout neuf qui tirait même de petites cartouches, inoffensives bien sûr, mais c’était quand même un fusil ! Il ne se mit pas à jouer avec les autres enfants car d’ordinaire ils le tracassaient, alors il préférait rester tout seul dans son coin, même sans jouer. Parce que les animaux qui. ignorent la souffrance de la solitude sont capables de s’amuser tout seuls, mais l’homme au contraire n’y arrive pas et s’il tente de le faire, bien vite une angoisse encore plus forte s’empare de lui.

Pourtant quand les autres gamins passaient devant lui, Dolfi épaulait son fusil et faisait semblant de tirer, mais sans animosité, c’était plutôt une invitation, comme s’il avait voulu leur dire : Tiens, tu vois, moi aussi aujourd’hui j’ai un fusil. Pourquoi est-ce que vous ne me demandez pas de jouer avec vous ?  Les autres enfants éparpillés dans l’allée remarquèrent bien le nouveau fusil de Dolfi. C’était un jouet de quatre sous mais il était flambant neuf et puis il était différent des leurs et cela suffisait pour susciter leur curiosité et leur envie. Lire la suite

l’aspiracoeur

Il vient d’infiniment loin chercher des cœurs en fleurs

Sur sa planète Nepticuloidea le chimique les a tous irrémédiablement meurtris

Il repartira son précieux butin dans son petit estomac bien enfoui

Un nectar que de retour chez lui il disséminera avec ardeur, qu’y revienne enfin le bonheur

Que tous les yeux papillonnent à nouveau de plaisir …

Quand Alice s’émerveille

Alice, l’aînée des lys, veut quitter son pot natal, attirée par un irrésistible appel du ciel. Malgré les paroles moqueuses de ses sœurettes empotées, très terre à terre, Alice reste persuadée que ses pétales sont des hélices qui l’emporteront au delà de son terne réel. Vous verrez, je m’envolerai au dessus du monde. Je ne veux pas finir enterrée dans ce bac étriqué !!!  Un petit zéphyr entend son désir, et, en coup de vent, la dépote, la dépose sur un cirrus bienveillant.

Alice, enfouie dans de délicieuses plumes blanches, vivra au septième ciel de passionnants délices…