mes chères poupées de chair

Salut mes petits, alors on s’amuse bien chez moi, hein ! Nourris, logés, blanchis, vous menez une vie de château. Je subviens à tous vos besoins. Quant à moi, entouré de mes petits chéris, je suis plus heureux qu’un roi.

Je suis plus fort que Dieu !!! que dis je ? je suis Dieu !

On dit que j’ai la folie des grandeurs, mais j’ai gagné mon pari, rétrécir des humains : Un petit tour dans mon spécial sèche linge et le tour est joué !  Ah ! ah ! ah !  ils vont enfin comprendre mon génie ces minus qui rient de moi, et bien rira bien qui rira le dernier ! parce que vous allez procréer, oh que oui ! vous aussi ferez des tout petits bouts, mes petits chéris .

Vous serez les géniteurs d’une nouvelle espèce , celle des Riquiquis , murmure t-il encore … ne voulant pas effrayer de sa voix gargantuesque ses poupées chéries …

à des lieues au dessus de tout 🎈

Gonflée à bloc en cette soirée d’août, étincelante de mille lumières célestes, par un fulgurant optimisme soufflé par une tempête épicurienne, une ribambelle déprimée d’ombres de la nuit lève l’ancre de son cimetière enraciné depuis une trop longue éternité sur une terre, de mortelle rengaine, pour larguer les amarres vers une musique spatiale qui rassérène leurs esprits, désormais soudés à vie !

🎈🎈🎈

Quand les ans choiront l’homme sera en boîte

Un énorme iceberg de plusieurs kilomètres de long dériva de longues années avec à son bord pour seul passager un hurluberlu qui, l’ayant vu passer par une nuit désespérée devant son nez gelé, l’avait, pour tenter de changer de vie, chevauché …

Découvert par une filière de requins l’hurluberlu fut cloné, ses millions de rejetons lilliputiens mis en boite avec des millions de bandes d’anchois aux yeux ronds, abasourdis par ces nouveaux compagnons de misère aux regards aussi écarquillés que les leurs…

soleil et lune au dodo

Je t’attends ! je t’attends tout le temps, mais tu n’as plus le temps de partager tes nuits avec moi, tu changes tout le temps toi, et ce soir tu es toute belle, et tout le monde va t’aimer, faire des vœux et danser avec toi …

ne m’oublie ma blonde, moi qui t’aime depuis l’éternité des cieux ❣❣❣ et Viens dormir dans mes bras

Pétales de Pivoine « Apollinaire »

Trois pétales de pivoine
Rouges comme une pivoine
Et ces pétales me font rêver

Ces pétales ce sont
Trois belles petites dames
À peau soyeuse et qui rougissent
De honte
D’être avec des petits soldats

Elles se promènent dans les bois
Et causent avec les sansonnets
Qui leur font cent sonnets

Elles montent en aéroplane
Sur de belles libellules électriques
Dont les élytres chatoient au soleil

Et les libellules qui sont
De petites diablesses
Font l’amour avec les pivoines
C’est un joli amour contre nature
Entre demoiselles et dames

Trois pétales dans la lettre
Trois pétales de pivoine.

Quand je fais pour toi mes poèmes quotidiens et variés
Lou je sais bien pourquoi je suis ici
À regarder fleurir l’obus à regarder venir la torpille aérienne
À écouter gauler les noix des véhémentes mitrailleuses

Je chante ici pour que tu chantes, pour que tu danses
Pour que tu joues avec l’amour
Pour que tes mains fleurissent comme des roses
Et tes jambes comme des lys
Pour que ton sommeil soit doux

Aujourd’hui Lou je ne t’offre en bouquet poétique
Que les tristes fleurs d’acier
Que l’on désigne par leur mesure en millimètres
(Où le système métrique va-t-il se nicher)
On l’applique à la mort qui elle ne danse plus
Mais survit attentive au fond des hypogées

Mais trois pétales de pivoine
Sont venus comme de belles dames
En robe de satin grenat
Marquise
Quelle robe exquise
Comtesse
Les belles f…es
Baronne
Écoutez la Mort qui ronronne
Trois pétales de pivoine
Me sont venus de Paris

Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou (1915)

masqués à vie …

Il le portait depuis sa naissance, lui, mais également toute sa génération, depuis la pandémie qui avait sévi plusieurs dizaines d’années auparavant. Il était une seconde peau qu’aucun ne s’avisait d’enlever, hormis pour dormir, s’alimenter, se laver, car la peur était ancrée dans l’inconscient collectif.

Les teints étaient incolores, l’odorat très diminué, mais le sens de la vue était devenu prodigieux. Personne n’avait plus aucun besoin de lumière pour se diriger dans l’obscurité …

et bientôt une nouvelle génération, celle de petits d’hommes masqués naturellement à la naissance, apparut…

le crapaud et la rose

Un conte (pour adultes) de Vsevolod Garchine (1855–1888)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vsevolod_Garchine

IL y avait une fois une rose et un crapaud.

Le rosier sur lequel la rose venait de s’ouvrir avait poussé dans un jardinet qui s’étendait en demi-cercle devant une maison de campagne. Ce jardin était abandonné ; les mauvaises herbes avaient envahi les antiques plates-bandes et les sentiers que personne n’entretenait plus. La grille en bois, faite de barreaux taillés en fer de lance, avait été jadis peinte en vert, mais là aussi le temps avait fait son œuvre : la couleur avait passé, les gamins du village avaient arraché les lances pour jouer aux soldats, et les paysans avaient fait le reste, enlevant les derniers barreaux pour se défendre contre le vieux chien Barbosse, qui était méchant.

Mais cette décadence ne nuisait pas au jardinet : les montants de la grille étaient enveloppés de houblons qui retombaient en masses vert pâle, étoilées çà et là de fleurs lilas ; des liserons, aux grandes fleurs blanches, s’y épanouissaient, et les chardons prospéraient si bien dans le terreau du parterre, qu’ils en prenaient presque des proportions d’arbustes ; les plantes de bonhomme poussaient, plus raides et plus droites, leurs tiges fleuries ; les orties avaient envahi tout un coin du jardin ; sans doute elles piquaient encore, mais de loin elles faisaient un beau fond de verdure sombre aux couleurs pâles et délicates d’une rose épanouie.

C’était par une radieuse matinée de mai qu’elle avait entrouvert son calice ; la rosée y avait laissé quelques larmes transparentes : la rose semblait pleurer. Autour d’elle tout était si clair, si doux, si lumineux en ce jour de printemps que, lorsqu’elle aperçut pour la première fois le ciel bleu, et qu’elle sentit la brise, et que les rayons éblouissants du soleil traversèrent ses fins pétales d’une lumière ambrée, la rose eût pleuré si elle l’avait pu, non de chagrin, mais du bonheur de vivre. Elle ne pouvait parler, mais elle répandait autour d’elle un suave parfum : ce parfum, c’étaient ses paroles, ses larmes et sa prière.

La suite ici 

Le Crapaud et la rose

 

https://bibliotheque-russe-et-slave.com/index1.html

Un site fabuleux plein de nouvelles et romans complets d’auteurs Russes et Slaves ! 

le survivant

une historiette de 2009 

https://juliette2410.wordpress.com/2009/09/27/le-survivant/

 Bienvenus sur Terre , si vous venez en paix, autrement rebroussez chemin !
Je suis le seul survivant de la pandémie de grippe qui a détruit l’humanité il y a quelques siècles.
Laissez moi vous conter : j’étais le dernier né d’une ribambelle de mouflets, ce qui n’a pas été un bienfait car je n’ai jamais pu me débarrasser de cette étiquette de dernier qui m’a agrippé .
Le dernier de la classe, au piquet couvert du bonnet du nom de cet adorable animal appelé âne, le dernier gars qu’on prenait comme copain quand on avait personne d’autre sous la main, le premier souffre douleur, le dernier des choix pour une fille …
Elles me prenaient toutes en grippe !!!
Ma vie professionnelle a aussi été un fiasco, à cause de ma réputation d’idiot, on m’embauchait comme bouche trou …
 J’étais un moins que rien, le dernier des cons, voilà pourquoi je jubile aujourd’hui d’être le survivant !
J’ai depuis découvert le secret de l’immortalité, j’ai muté pour m’adapter, je vole comme un oiseau, je nage comme un poisson, j’ai pour uniques amis des animaux, qui eux m’acceptent comme je suis, vous le voyez , je suis un être comblé.
Une seule chose me manque terriblement : une oiselle-poisson-femme qui m’aime … que j’essaye de créer depuis toutes ces années, en vain …mais vous allez m’aider hein ??? 

Ray Bradbury « Chroniques Martiennes »

à découvrir ou redécouvrir  » un incontournable roman » de science fiction avec des nouvelles qui forment un fantastique tout.

« Il est bon de renouveler les sources d’émerveillement, dit le philosophe.
Le voyage spatial nous a rendu nos âmes d’enfants. »

La première, et si ça vous chante vous pouvez décoller avec tout le bouquin à lire en ligne plus bas

JANVIER 2030
L’été de la fusée

À un moment donné c’était l’hiver en Ohio, avec ses portes fermées, ses fenêtres verrouillées, ses vitres masquées de givre, ses toits frangés de stalactites, les enfants qui skiaient sur les pentes, les ménagères engoncées dans leurs fourrures qui, tels de grands ours noirs, avançaient pesamment dans les rues verglacées.
Puis une longue vague de chaleur balaya la petite ville. Un raz de marée d’air brûlant ; comme si on avait laissé ouvert un four de boulanger. La vibration de fournaise passa sur les pavillons, les buissons, les enfants. Les glaçons se détachèrent, se brisèrent, se mirent à fondre. Portes et fenêtres s’ouvrirent à la volée. Les enfants s’extirpèrent de leurs lainages. Les femmes se dépouillèrent de leurs défroques d’ours. La neige se liquéfia, révélant l’ancien vert des pelouses de l’été précédent.

L’été de la fusée.

On se passa le mot dans les maisons grandes ouvertes. L’été de la fusée. La touffeur de désert modifiait les broderies du givre sur les fenêtres, effaçait l’œuvre d’art. Skis et luges devenaient soudain inutiles. La neige qui tombait du ciel froid sur la ville se transformait en pluie chaude avant de toucher le sol.

L’été de la fusée.

Les gens se penchaient hors de leurs vérandas ruisselantes pour contempler le ciel rougeoyant.
Sur sa rampe de lancement, la fusée crachait des nuages de flammes roses et une chaleur d’étuve. Dressée dans cette froide matinée d’hiver, elle donnait vie à l’été à chaque souffle de ses puissantes tuyères. La fusée commandait au climat, faisant régner un court moment l’été sur le pays.

 

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