le survivant

une historiette de 2009 

https://juliette2410.wordpress.com/2009/09/27/le-survivant/

 Bienvenus sur Terre , si vous venez en paix, autrement rebroussez chemin !
Je suis le seul survivant de la pandémie de grippe qui a détruit l’humanité il y a quelques siècles.
Laissez moi vous conter : j’étais le dernier né d’une ribambelle de mouflets, ce qui n’a pas été un bienfait car je n’ai jamais pu me débarrasser de cette étiquette de dernier qui m’a agrippé .
Le dernier de la classe, au piquet couvert du bonnet du nom de cet adorable animal appelé âne, le dernier gars qu’on prenait comme copain quand on avait personne d’autre sous la main, le premier souffre douleur, le dernier des choix pour une fille …
Elles me prenaient toutes en grippe !!!
Ma vie professionnelle a aussi été un fiasco, à cause de ma réputation d’idiot, on m’embauchait comme bouche trou …
 J’étais un moins que rien, le dernier des cons, voilà pourquoi je jubile aujourd’hui d’être le survivant !
J’ai depuis découvert le secret de l’immortalité, j’ai muté pour m’adapter, je vole comme un oiseau, je nage comme un poisson, j’ai pour uniques amis des animaux, qui eux m’acceptent comme je suis, vous le voyez , je suis un être comblé.
Une seule chose me manque terriblement : une oiselle-poisson-femme qui m’aime … que j’essaye de créer depuis toutes ces années, en vain …mais vous allez m’aider hein ??? 

Ray Bradbury « Chroniques Martiennes »

à découvrir ou redécouvrir  » un incontournable roman » de science fiction avec des nouvelles qui forment un fantastique tout.

« Il est bon de renouveler les sources d’émerveillement, dit le philosophe.
Le voyage spatial nous a rendu nos âmes d’enfants. »

La première, et si ça vous chante vous pouvez décoller avec tout le bouquin à lire en ligne plus bas

JANVIER 2030
L’été de la fusée

À un moment donné c’était l’hiver en Ohio, avec ses portes fermées, ses fenêtres verrouillées, ses vitres masquées de givre, ses toits frangés de stalactites, les enfants qui skiaient sur les pentes, les ménagères engoncées dans leurs fourrures qui, tels de grands ours noirs, avançaient pesamment dans les rues verglacées.
Puis une longue vague de chaleur balaya la petite ville. Un raz de marée d’air brûlant ; comme si on avait laissé ouvert un four de boulanger. La vibration de fournaise passa sur les pavillons, les buissons, les enfants. Les glaçons se détachèrent, se brisèrent, se mirent à fondre. Portes et fenêtres s’ouvrirent à la volée. Les enfants s’extirpèrent de leurs lainages. Les femmes se dépouillèrent de leurs défroques d’ours. La neige se liquéfia, révélant l’ancien vert des pelouses de l’été précédent.

L’été de la fusée.

On se passa le mot dans les maisons grandes ouvertes. L’été de la fusée. La touffeur de désert modifiait les broderies du givre sur les fenêtres, effaçait l’œuvre d’art. Skis et luges devenaient soudain inutiles. La neige qui tombait du ciel froid sur la ville se transformait en pluie chaude avant de toucher le sol.

L’été de la fusée.

Les gens se penchaient hors de leurs vérandas ruisselantes pour contempler le ciel rougeoyant.
Sur sa rampe de lancement, la fusée crachait des nuages de flammes roses et une chaleur d’étuve. Dressée dans cette froide matinée d’hiver, elle donnait vie à l’été à chaque souffle de ses puissantes tuyères. La fusée commandait au climat, faisant régner un court moment l’été sur le pays.

 

http://ekladata.com/BHikk_W9EXiiej-klJTMugLub2c/Bradbury-Les-chroniques-martiennes-1950-.pdf

un brouillard très gaillard

Au petit matin d’un moche février une brume tiède enveloppe soudainement la grande ville. Telle une anguille elle se glisse dans les maisons, les magasins, le métro …. Les gens se perdent, égarent leurs chiens, se cognent les uns aux autres et sur tout. Ce brouillard tombe, en nappes de plus en plus épaisses et chaudes. Des rues, il grimpe jusqu’aux fenêtres, jusqu’aux sommets des bâtiments. Il est impossible de le fendre au couteau sous peine de poignarder par mégarde quelqu’un.

Ce gigantesque nuage de chaleur fait se déshabiller les plus hardis. Les débrouillards arpentent nus les rues, ravis d’écouter le silence de la ville, ponctué seulement de paroles, de chants, de rires, de chaleur humaine, de gémissements d’amour…

Et sous ce nuage aphrodisiaque, percé par des clins d’œil du soleil son complice, l’amour se découvre partout, pour qui en éprouve le désir…

A tâtons, les éclairés apprennent à aimer les yeux fermés!

nous avons définitivement perdu la boule 😰

à cause de ou plutôt grace à cette annonce, une solde de janvier 2020, faite par un inconnu, parue dans le grandiose coin, site universel gratuit.

Un mécène du Cosmos, d’une autre galaxie, l’a achetée, l’a, de fond en comble nettoyée, purgée de ses pollueurs et polluants, désinfectée à grands coups de karcher, promettant à l’humanité un avenir radieux une fois placée sous ses auspices …

un rêve devenu une réalité d’une clarté sidérale 🔆

« Le dragon » Ray Bradbury

Nouvelle extraite d’un remède à la mélancolie,  (1956)

Le vent de la nuit faisait frémir l’herbe rase de la lande ; rien d’autre ne bougeait. Depuis des siècles, aucun oiseau n’avait rayé de son vol la voûte immense et sombre du ciel. La nuit régnait sur les pensées des deux hommes accroupis près de leur feu. L’obscurité, lourde de menaces, s’insinuait dans leurs veines. Les flammes dansaient sur leurs visages farouches, faisant jaillir au fond de leurs prunelles sombres des éclairs. Immobiles, effrayés, ils écoutaient leur respiration. L’un attisa le feu avec son épée.
Arrête ! Idiot, tu vas révéler notre présence !
– Qu’est-ce que ça peut faire ? Le dragon la sentira de toute façon à des kilomètres à la ronde. Quel froid ! Si seulement j’étais resté au château !
– C’est le froid de la mort. N’oublie pas que nous sommes là pour…
– Pourquoi, nous ? Le dragon n’a jamais mis le pied dans notre ville !
– Tu sais bien qu’il dévore les voyageurs solitaires se rendant à la ville voisine…
– Qu’il les dévore, et nous, retournons d’où nous venons !
– Tais-toi ! Écoute…

Ils prêtèrent l’oreille un long moment. En vain. Seul le tintement des boucles agitées par le tremblement convulsif de leurs montures trouait le silence.
Le second chevalier se lamenta.
– Quel pays de cauchemar ! Tout peut arriver ici ! Les choses les plus horribles…Cette nuit ne finira-t-elle donc jamais ? Et ce dragon ! On dit que ses yeux sont deux braises ardentes, son souffle, une fumée blanche et que, tel un trait de feu, il fonce à travers la campagne, dans un fracas de tonnerre, un ouragan d’étincelles, enflammant l’herbe des champs. Au lever du jour, on découvre ses victimes sur les collines. Combien de chevaliers sont partis combattre ce monstre et ne sont jamais revenus ?
– Assez ! Tais-toi !
– Je ne le redirai jamais assez ! Perdu dans cette nuit je suis incapable de dire en quelle année nous sommes !
– Neuf cents ans se sont écoulés depuis la nativité…
– Ce n’est pas vrai. Sur cette terre ingrate, le Temps n’existe pas. Nous sommes déjà dans l’Éternité. Il me semble que si je revenais sur mes pas, si je refaisais le chemin parcouru, notre ville aurait cessé d’exister. Ne me demande pas comment je le sais ! Cette terre le sait et me le dit. Nous sommes seuls dans le pays du dragon.Que Dieu nous protège !
– Si tu as peur, mets ton armure !
– À quoi servirait-elle ? Le dragon surgit d’on ne sait où. Nous ignorons où se trouve son repaire. Il disparaît comme il est venu. Nous ne pouvons deviner où il se rend. Eh bien, soit ! Revêtons nos armures. Au moins nous mourrons dans nos vêtements de parade.
Le second chevalier n’avait pas fini d’endosser son pourpoint d’argent qu’il tourna la tête. Lire la suite

court-bouillon

Colin, très loin d’être un mollusque, termine au bar sa traversée de vingt mille lieues sous les mers lorsqu’une gigantesque ombre obscurcit l’océan.

Les cendres de Stella, l’étoile brûlante de passion pour Vénus, pleuvent sur le peuple de l’eau, et la star pourpre dégringole dans les abysses.

Etoile de mer

BOUSSADIA Julien –  IDmer

Colin, une crème d‘anchois, sort, sèche les larmes de la vieille star déchue mais encore plus éblouissante que Bardot jeune.

Une raie scie, un requin chirurgien et son second couteau, plus homard aux pinces précises, la tailleront en milliers de vives starlettes, faites sur le même moule, accompagnés par un concert anesthésiant de cigales.

C’est ainsi que naquirent  les étoiles de mer.

Combien d’habitants de l’eau y a t-il dans ce court court-bouillon ?

Quand les époques s’emmêlent les pinceaux

Nous marchons à reculons alors les monstres préhistoriques ( les grosses bestioles ) en ont profité pour réintégrer leur bonne vieille tanière et y semer la pagaille.

Eduard Bezembinder

Intrigués par l’étrange ambiance de notre monde, son atmosphère surprenante, sa debacle, une multitude de vaisseaux remplis de touristes extraterrestres curieux , y atterrissent.

Franco Brambilla

Franco Brambilla

Réussiront ils à renvoyer les animaux sauvages dans leur ère et nous feront ils réaliser que nous nous précipitons vers un no futur ?

vague à lame

 wave cinemagraph ray collins GIF

cinemagraph de Wes Anderson

Rincé, par d’incessants flots de calamités, le moral dans la brume, mais pas encore au bout du rouleau, le monde s’agite, essaye de remonter du creux de cette gigantesque onde obscure, qui l’entraîne dans de folles divagations périlleuses, jusqu’à sa crête lumineuse.

On croirait voir en cette lame un dragon, confus, hésitant par ultime compassion à l’engloutir, à déferler une bonne fois pour toutes sur lui …

Ses gigantesques remous sortiront ils le monde de sa torpeur ou bien continuera t-il à vivre dans le vague ?

Le miroir déformant

Nous sommes entrés dans le salon, ma femme et moi. Il y régnait une odeur de mousse et d’humidité. Dès que nous avons éclairé les murs qui n’avaient pas vu de lumière depuis un siècle, mille souris et rats se sauvèrent de tous les côtés. La porte refermée, un souffle de vent agita les papiers entassés dans les coins. L’éclairage nous permit de discerner des caractères anciens et des dessins du Moyen Age. Les portraits de mes ancêtres tapissaient les murs verdis par le temps. Ils me regardaient d’un air sévère comme pour dire : tu mérites une correction, petit!

Nos pas résonnaient dans la maison. Le même écho qui répondait jadis à mes aïeux renvoyait le bruit de ma toux. Le vent gémissait et hurlait. Un sanglot sortait de la cheminée, un désespoir. De grosses gouttes de pluie frappaient les vitres opaques, éveillant la tristesse.

Ô ancêtres ! dis-je avec un soupir. Si j’étais écrivain, j’écrirais un long roman en regardant vos  portraits. Chacun de vous a été jeune, tous ces vieillards ont vécu leur roman d’amour…Regarde ma bisaïeule. Cette femme  laide et disgracieuse a son histoire. Vois-tu ce miroir accroché dans le coin ? demandai je à mon épouse lui montrant un grand miroir encadré de bronze noirci, près du portrait. Il a des propriétés magiques : il a causé la perte de mon arrière-grand-mère. Elle l’avait payé très cher et ne s’en séparait jamais. Elle s’y regardait nuit et jour, sans arrêt, même pendant les repas, et l’emportait au lit. En mourant elle avait demandé qu’on le mette dans son cercueil. Si sa prière n’a pas été exaucée, c’est que trop grand, il n’entrait pas dans la bière.
C’était une coquette, répondit elle. Lire la suite