« Le dragon » Ray Bradbury

Nouvelle extraite d’un remède à la mélancolie,  (1956)

Le vent de la nuit faisait frémir l’herbe rase de la lande ; rien d’autre ne bougeait. Depuis des siècles, aucun oiseau n’avait rayé de son vol la voûte immense et sombre du ciel. La nuit régnait sur les pensées des deux hommes accroupis près de leur feu. L’obscurité, lourde de menaces, s’insinuait dans leurs veines. Les flammes dansaient sur leurs visages farouches, faisant jaillir au fond de leurs prunelles sombres des éclairs. Immobiles, effrayés, ils écoutaient leur respiration. L’un attisa le feu avec son épée.
Arrête ! Idiot, tu vas révéler notre présence !
– Qu’est-ce que ça peut faire ? Le dragon la sentira de toute façon à des kilomètres à la ronde. Quel froid ! Si seulement j’étais resté au château !
– C’est le froid de la mort. N’oublie pas que nous sommes là pour…
– Pourquoi, nous ? Le dragon n’a jamais mis le pied dans notre ville !
– Tu sais bien qu’il dévore les voyageurs solitaires se rendant à la ville voisine…
– Qu’il les dévore, et nous, retournons d’où nous venons !
– Tais-toi ! Écoute…

Ils prêtèrent l’oreille un long moment. En vain. Seul le tintement des boucles agitées par le tremblement convulsif de leurs montures trouait le silence.
Le second chevalier se lamenta.
– Quel pays de cauchemar ! Tout peut arriver ici ! Les choses les plus horribles…Cette nuit ne finira-t-elle donc jamais ? Et ce dragon ! On dit que ses yeux sont deux braises ardentes, son souffle, une fumée blanche et que, tel un trait de feu, il fonce à travers la campagne, dans un fracas de tonnerre, un ouragan d’étincelles, enflammant l’herbe des champs. Au lever du jour, on découvre ses victimes sur les collines. Combien de chevaliers sont partis combattre ce monstre et ne sont jamais revenus ?
– Assez ! Tais-toi !
– Je ne le redirai jamais assez ! Perdu dans cette nuit je suis incapable de dire en quelle année nous sommes !
– Neuf cents ans se sont écoulés depuis la nativité…
– Ce n’est pas vrai. Sur cette terre ingrate, le Temps n’existe pas. Nous sommes déjà dans l’Éternité. Il me semble que si je revenais sur mes pas, si je refaisais le chemin parcouru, notre ville aurait cessé d’exister. Ne me demande pas comment je le sais ! Cette terre le sait et me le dit. Nous sommes seuls dans le pays du dragon.Que Dieu nous protège !
– Si tu as peur, mets ton armure !
– À quoi servirait-elle ? Le dragon surgit d’on ne sait où. Nous ignorons où se trouve son repaire. Il disparaît comme il est venu. Nous ne pouvons deviner où il se rend. Eh bien, soit ! Revêtons nos armures. Au moins nous mourrons dans nos vêtements de parade.
Le second chevalier n’avait pas fini d’endosser son pourpoint d’argent qu’il tourna la tête. Lire la suite

court-bouillon

Colin, très loin d’être un mollusque, termine au bar sa traversée de vingt mille lieues sous les mers lorsqu’une gigantesque ombre obscurcit l’océan.

Les cendres de Stella, l’étoile brûlante de passion pour Vénus, pleuvent sur le peuple de l’eau, et la star pourpre dégringole dans les abysses.

Etoile de mer

BOUSSADIA Julien –  IDmer

Colin, une crème d‘anchois, sort, sèche les larmes de la vieille star déchue mais encore plus éblouissante que Bardot jeune.

Une raie scie, un requin chirurgien et son second couteau, plus homard aux pinces précises, la tailleront en milliers de vives starlettes, faites sur le même moule, accompagnés par un concert anesthésiant de cigales.

C’est ainsi que naquirent  les étoiles de mer.

Combien d’habitants de l’eau y a t-il dans ce court court-bouillon ?

Quand les époques s’emmêlent les pinceaux

Nous marchons à reculons alors les monstres préhistoriques ( les grosses bestioles ) en ont profité pour réintégrer leur bonne vieille tanière et y semer la pagaille.

Eduard Bezembinder

Intrigués par l’étrange ambiance de notre monde, son atmosphère surprenante, sa debacle, une multitude de vaisseaux remplis de touristes extraterrestres curieux , y atterrissent.

Franco Brambilla

Franco Brambilla

Réussiront ils à renvoyer les animaux sauvages dans leur ère et nous feront ils réaliser que nous nous précipitons vers un no futur ?

vague à lame

 wave cinemagraph ray collins GIF

cinemagraph de Wes Anderson

Rincé, par d’incessants flots de calamités, le moral dans la brume, mais pas encore au bout du rouleau, le monde s’agite, essaye de remonter du creux de cette gigantesque onde obscure, qui l’entraîne dans de folles divagations périlleuses, jusqu’à sa crête lumineuse.

On croirait voir en cette lame un dragon, confus, hésitant par ultime compassion à l’engloutir, à déferler une bonne fois pour toutes sur lui …

Ses gigantesques remous sortiront ils le monde de sa torpeur ou bien continuera t-il à vivre dans le vague ?

Le miroir déformant

Nous sommes entrés dans le salon, ma femme et moi. Il y régnait une odeur de mousse et d’humidité. Dès que nous avons éclairé les murs qui n’avaient pas vu de lumière depuis un siècle, mille souris et rats se sauvèrent de tous les côtés. La porte refermée, un souffle de vent agita les papiers entassés dans les coins. L’éclairage nous permit de discerner des caractères anciens et des dessins du Moyen Age. Les portraits de mes ancêtres tapissaient les murs verdis par le temps. Ils me regardaient d’un air sévère comme pour dire : tu mérites une correction, petit!

Nos pas résonnaient dans la maison. Le même écho qui répondait jadis à mes aïeux renvoyait le bruit de ma toux. Le vent gémissait et hurlait. Un sanglot sortait de la cheminée, un désespoir. De grosses gouttes de pluie frappaient les vitres opaques, éveillant la tristesse.

Ô ancêtres ! dis-je avec un soupir. Si j’étais écrivain, j’écrirais un long roman en regardant vos  portraits. Chacun de vous a été jeune, tous ces vieillards ont vécu leur roman d’amour…Regarde ma bisaïeule. Cette femme  laide et disgracieuse a son histoire. Vois-tu ce miroir accroché dans le coin ? demandai je à mon épouse lui montrant un grand miroir encadré de bronze noirci, près du portrait. Il a des propriétés magiques : il a causé la perte de mon arrière-grand-mère. Elle l’avait payé très cher et ne s’en séparait jamais. Elle s’y regardait nuit et jour, sans arrêt, même pendant les repas, et l’emportait au lit. En mourant elle avait demandé qu’on le mette dans son cercueil. Si sa prière n’a pas été exaucée, c’est que trop grand, il n’entrait pas dans la bière.
C’était une coquette, répondit elle. Lire la suite

Araignée du midi, quel appétit 😋

J’ai vu le jour dans un laboratoire Marseillais. On m’y soignait aux bonnes grosses sardines, mais à la longue ça a été lassant. Alors, à l’aube j’ai profité d’un instant d’inattention de mes geôliers pour prendre mes pattes à mon cou. J’ai filé en ville et j’y ai semé la terreur (les gens ignorent que je suis pescarienne), mais heureusement, ma bonne étoile m’a guidée chez ce couple. J’espère que leur frigo est rempli de poissons , et du frais .

« Chériiii, on a une araignée au plafond » Bonjour, calme et sang froid ! je suis pacifiste mais faut pas me contrarier sinon je prends la mouche et je fais plus dans la dentelle. Alors ne me donnez pas du fil à retordre.

Allez plutôt me préparer une bouillabaisse, ou un aïoli, ou un carpaccio de thon, ou des crevettes, ou des moules marinières…( tout sauf des sardines). J’ai une faim d’ogresse.

Vous verrez, nous tisserons ensemble de solides liens ❣❣❣

Un bison futé

Au nom de la belle Déesse Hel , foutez nous la paix êtres maléfiques. Laissez nous vivre tranquilles dans nos paisibles et dernières demeures. Qu’avons nous fait pour mériter vos infamies ? Occupez vous de votre enfer sur terre, qui va de mal en pis, plutôt que de venir nous harceler dans nos lits, bande de mal aimés jaloux!

Et, prenez garde, car la nuit du 31 octobre nous pourrions devenir plus méchants que vous, mauvaises graines, faire des chatouillements pas gentils, gentils sur vos plantes de pieds, des chatouillis dans vos oreilles pires que ceux d’un Hellfest, faire un sort à vos têtes de citrouilles 😏

Alors circulez …

L’orgue de Barbarie « Prévert »

Moi je joue du piano disait l’un
Moi je joue du violon disait l’autre
Moi de la harpe, moi du banjo
Moi du violoncelle
Moi du biniou...Moi de la flûte
et Moi de la crécelle.
Et les uns les autres parlaient parlaient
parlaient de ce qu’ils jouaient.
On n’entendait pas la musique
tout le monde parlait parlait parlait
personne ne jouait

Mais dans un coin un homme se taisait:
« Et de quel instrument jouez-vous monsieur
qui vous taisez et qui ne dites rien? »
lui demandèrent les musiciens.

« Moi je joue de l’orgue de Barbarie
et je joue du couteau aussi »
dit l’homme qui jusqu’ici n’avait absolument rien dit
et puis il s’avança le couteau à la main
et il tua tous les musiciens
et il joua de l’orgue de Barbarie
et sa musique était si vraie, si vivante et si jolie
que la petite fille du maître de la maison
sortit de dessous le piano
où elle était couchée endormie par ennui
et elle dit:

« Moi je jouais au cerceau
à la balle au chasseur
je jouais à la marelle
je jouais avec un seau
je jouais avec une pelle
je jouais au papa et à la maman
je jouais à chat perché
je jouais avec mes poupées
je jouais avec une ombrelle
je jouais avec mon petit frère
avec ma petite sœur
je jouais au gendarme et au voleur
mais c’est fini fini fini
je veux jouer à l’assassin
je veux jouer de l’orgue de Barbarie. »

Et l’homme prit la petite fille par la main
et ils s’en allèrent dans les villes
dans les maisons dans les jardins
et puis ils tuèrent le plus de monde possible
après quoi ils se marièrent
et ils eurent beaucoup d’enfants.
Mais
l’aîné apprit le piano
le second le violon
le troisième la harpe
le quatrième la crécelle
le cinquième le violoncelle
et puis ils se mirent à parler parler
parler parler parler
on n’entendit plus la musique
et tout fut à recommencer

1, 2, 3, 4, 5 … je décolle

Il brillait dans une flaque boueuse et noire de pluie, me regardant d’un air saisissant; Saisi, je l’y ai ramassé, et quand j’ai regardé dans ma main il s’y était incrusté. Un bien être fulgurant, que dis je l’extase, m’a envahi.

psychedelic the seer GIF by Falcao Lucas

Depuis, quand la mélancolie me gagne, quand le désespoir m’agrippe, j’ouvre ma paume, je contemple le joyau; et il m’emporte vers des étoiles resplendissantes. Le temps infiniment court, de compter jusqu’à cinq, je retrouve paix et joie intérieure. J’ai de plus en plus de mal à garder la main fermée, obnubilé par mon désir de plus en plus pressant de contempler l’œil magique, pour nager, la tête, dans les merveilleuses étoiles ⭐🌟🌟…

Je la perds d’ailleurs un peu plus chaque jour, je le sens, mais pour rien au monde je ne retournerai m’enterrer dans le vieux monde si terne, de durs cinglés malheureux… plutôt rester un doux cinglé joyeux ! 

les Perchés

Ils avaient survécu aux grands bouleversements qui secouèrent leur planète en se perchant sur ce qu’il en resta, un presque rien, mais y restèrent perchés le temps que leurs esprits se remettent en place dans leurs cerveaux ébranlés de mutants d’une ère nouvelle.

Quelques dizaines d’années de béatitude suffirent pour qu’ils s’adaptent à ce nouveau monde si paisible, d’où ceux qui marchaient debout, dormaient allongés, et pensaient sinon trop mais très mal, avaient disparu, s’envolant pour aller détruire ailleurs.

Le silence était doré, majestueux, ponctué seulement de  bruits naturels. Tout était clair, net, lumineux  harmonieux, sans ambiguïté, dans leur univers idyllique délivré de perversités. Ils étaient d’ailleurs tous devenus végétariens.

Jusqu’au jour où un appareil volant se posa. D’un commun accord, tacitement conclu dans leur inconscient collectif, ils le détruisirent,  ainsi que quelques autres qui osèrent à nouveau tenter ce sale coup !

Perchés ils étaient et perchés ils entendaient rester … non mais !!!