En passant

Les Chats de Jacques Sternberg

Petite nouvelle tirée de ses « 188 contes à régler »

On s’était si souvent demandé, et depuis longtemps, à quoi les chats pouvaient bien penser.

Chats Rigolos Mis Illustration De Dessin Animé | Vecteur Premium

Tapis au plus profond de leur solitude, enroulés autour de leur chaleur, comme rejetés dans une autre dimension » distants, méprisants » ils avaient l’air de penser, certes.

Mais à quoi ?

Les hommes ne l’apprirent qu’assez tard. Au XXIe siècle seulement. Au début de ce siècle, en effet, on constata avec quelque étonnement que plus aucun chat ne miaulait. Les chats s’étaient tus. On n’en fit pas un drame. En fin de compte, les chats n’avaient jamais été tellement bavards : sans doute ne trouvaient-ils vraiment plus rien à dire à présent.

Puis, plus tard, on releva un autre fait. Plus singulier celui-là, beaucoup plus singulier, les chats ne mouraient plus. Quelques-uns mouraient évidemment par accident, écrasés par un véhicule, le plus souvent; ou emportés en bas âge par quelque maladie purement pernicieuse. Mais les autres évitaient la mort, lui échappaient, comme si cette fatale échéance n’avait plus existé pour eux.

Cette énigme, personne ne la perça jamais.

Leur secret était simple, pourtant. Les chats depuis qu’ils vivaient sur terre n’étaient jamais sortis de leur indolence native pour accomplir, comme les hommes, mille petits tours savants. Ils avaient toujours laissé les hommes s’occuper de leur sort, leur procurer la nourriture, le confort et la chaleur artificielle. Eux, libérés de tout, avaient toujours vécu dans une sorte d’hibernation idéale, bien dosée, parfaitement mise au point, ne songeant qu’à mieux se concentrer, douillettement lovés dans leur bien-être. Les chats avaient eu beaucoup de temps pour penser. Ils avaient beaucoup pensé.

Mais alors que les hommes pensaient à tort et à travers, au superflu de préférence, les chats, eux, n’avaient pensé qu’à l’essentiel, sans cesse, sans se laisser distraire. Ils n’avaient médité, inlassablement, au cours des siècles, qu’un seul problème.

Et à force d’y penser, ils l’avaient résolu.

22 réflexions sur “Les Chats de Jacques Sternberg

  1. Bonjour chère Juliette,
    j’ai dû lire Sternberg il y a longtemps mais j’ai un peu oublié. Il est temps que je me rafraichisse la mémoire… 😉
    En tout cas, merci pour cette petite histoire!
    Bisous et bonne journée,
    Mo

  2. Voila qui change beaucoup de la série « Le chat qui… » de Lilian Jackson Braun, même si je reste un peu sur ma faim 😉
    Merci pour cette trouvaille, il avait des potes que j’aimais bien aussi ! 😉

      • Merci, c’était une américaine qui écrivait des polars et avait inventé le personnage du chroniqueur criminel Jim Qwilleran qui partageait sa vie avec 2 chats siamois très bavards (Koko et Yom Yom) qui l’aidaient à résoudre ses enquêtes, j’ai presque tout lu et j’avais adoré, tu devrais t’en faire offrir un exemplaire, dans le milieu du catalogue 😉
        => https://booknode.com/serie/le-chat-qui

        • tu sais j’ai déjà tellement de bouquins et des bien bons à lire chez nous … mais Merci pour le lien et bon week end 😊

Hello 😊 merci pour vos petits ou gros mots 😇

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