En passant

Cauchemar en rouge  » Fredric Brown »

extrait de son recueil de nouvelles  » Fantômes et Farfafouilles » (1961) et Bonne soirée sans cauchemars 😉

Il s’éveilla sans savoir ce qui l’avait éveillé quand une deuxième secousse, venant une minute après la première, vint secouer légèrement son lit et faire tintinnabuler divers petits objets sur la commode. Il resta allongé, attendant une troisième secousse qui ne vint pas.
Il n’en comprit pas moins qu’il était désormais bien éveillé et qu’il lui serait sans doute impossible de se rendormir. Il regarda le cadran lumineux de sa montre-bracelet et constata qu’il était tout juste trois heures, le plein milieu de la nuit. Il sortit du lit et s’approcha, en pyjama, de la fenêtre. La fenêtre était ouverte et laissait entrer une brise fraîche; les petites lumières scintillaient dans le ciel noir et il entendait tous les bruits de la nuit. Quelque part, des cloches. Pourquoi faire sonner des cloches à une heure pareille? Les légères secousses de chez lui avaient-elles correspondu à des tremblements de terre préjudiciables ailleurs, dans le voisinage? Ou un vrai tremblement de terre était-il imminent et les cloches constituaient-elles un avertissement appelant les habitants à quitter leurs maisons et à sortir en plein air pour survivre?

Et soudain, mû non par la peur mais par un étrange besoin qu’il n’avait absolument pas envie d’analyser, il éprouva le besoin d’être là dehors et non ici dedans. Il fallait qu’il court, il le fallait.


Et déjà il courait, franchissant le hall d’entrée, courant sans bruit sur ses pieds nus le long de l’allée toute droite menant à la grille. Et il franchissait la grille qui se refermait toute seule derrière lui, et il courait dans le champ… Le champ? Était-il normal, qu’il y eût un champ là, juste devant sa grille? Surtout un champ parsemé de poteaux massifs, semblables à des poteaux télégraphiques tronqués, pas plus hauts que lui?

Mais avant qu’il ait eu le temps de mettre de l’ordre dans ses idées, de prendre les choses à zéro et de se rappeler où était « là » et qui ‘il’ était et ce qu’il était venu faire là, il y eut une nouvelle secousse. Plus forte, cette fois ; une secousse qui le fit vaciller en pleine course et heurter à toute volée un des mystérieux poteaux; un coup qui lui fit mal à l’épaule et dévia sa course sans la ralentir mais en lui faisant perdre pied. Qu’était donc cet étrange et irrésistible besoin qui le faisait courir, et vers où? C’est alors que vint le vrai tremblement de terre; la terre parut se soulever sous lui et s’ébrouer; quand ce fut fini, il se retrouva étendu sur le dos, les yeux braqués sur le ciel monstrueux dans lequel apparut alors soudainement, en lettres de feu rouge hautes d’allez savoir combien de kilomètres, un mot.

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Et pendant qu’il était fasciné par ce mot, toutes les autres lumières éblouissantes disparurent, les cloches cessèrent de sonner et ce fut la fin de tout.

6 réflexions sur “Cauchemar en rouge  » Fredric Brown »

  1. hé ben voilà, comment je vais arriver à m’endormir ce soir ? Et en plus on ne peut même pas sortir pour aller faire une partie de Flipper avec ses potes. 😉

    • 😃y’en a encore dans ton coin Pat ? ici ils ont complètement disparu de la circulation !
      dommage j’étais une grande pratiquante 😁

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