le crapaud et la rose

Un conte (pour adultes) de Vsevolod Garchine (1855–1888)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vsevolod_Garchine

IL y avait une fois une rose et un crapaud.

Le rosier sur lequel la rose venait de s’ouvrir avait poussé dans un jardinet qui s’étendait en demi-cercle devant une maison de campagne. Ce jardin était abandonné ; les mauvaises herbes avaient envahi les antiques plates-bandes et les sentiers que personne n’entretenait plus. La grille en bois, faite de barreaux taillés en fer de lance, avait été jadis peinte en vert, mais là aussi le temps avait fait son œuvre : la couleur avait passé, les gamins du village avaient arraché les lances pour jouer aux soldats, et les paysans avaient fait le reste, enlevant les derniers barreaux pour se défendre contre le vieux chien Barbosse, qui était méchant.

Mais cette décadence ne nuisait pas au jardinet : les montants de la grille étaient enveloppés de houblons qui retombaient en masses vert pâle, étoilées çà et là de fleurs lilas ; des liserons, aux grandes fleurs blanches, s’y épanouissaient, et les chardons prospéraient si bien dans le terreau du parterre, qu’ils en prenaient presque des proportions d’arbustes ; les plantes de bonhomme poussaient, plus raides et plus droites, leurs tiges fleuries ; les orties avaient envahi tout un coin du jardin ; sans doute elles piquaient encore, mais de loin elles faisaient un beau fond de verdure sombre aux couleurs pâles et délicates d’une rose épanouie.

C’était par une radieuse matinée de mai qu’elle avait entrouvert son calice ; la rosée y avait laissé quelques larmes transparentes : la rose semblait pleurer. Autour d’elle tout était si clair, si doux, si lumineux en ce jour de printemps que, lorsqu’elle aperçut pour la première fois le ciel bleu, et qu’elle sentit la brise, et que les rayons éblouissants du soleil traversèrent ses fins pétales d’une lumière ambrée, la rose eût pleuré si elle l’avait pu, non de chagrin, mais du bonheur de vivre. Elle ne pouvait parler, mais elle répandait autour d’elle un suave parfum : ce parfum, c’étaient ses paroles, ses larmes et sa prière.

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Le Crapaud et la rose

 

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22 réflexions sur “le crapaud et la rose

    • le crapaud ici, c’est le mal dans toute son horreur , pauvre bête quand même il en prend plein la gueule !!!
      Bises Mo 💙💛💚

  1. Un conte qui parle de rose, forcément j’aime bien. Quitter ce monde en respirant le parfum d’une rose , c’est romantique. Je vais continuer à les sentir en restant encore vivante quelques temps si c’est possible …Elles sont en pleine floraison en ce mois d’avril. Bizzz

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